Un concert à domicile d’envergure internationale
Par Marina Kochetova
Le 13 septembre 2026, une rencontre intimiste près de Central Park, à Ottawa, est devenue le moment fort de la journée pour ses invités et ses participants. Il s’agissait d’un concert à domicile d’Elena Obolenskaya, son seul concert solo à Ottawa cette année. Ses nombreuses autres prestations ont eu lieu dans différentes villes du Canada et des États-Unis.
Elena est la fondatrice et vice-présidente du Club littéraire créatif d’Ottawa. Titulaire d’un doctorat, elle est auteure-compositrice-interprète et écrit des poèmes, des traductions et des chansons inspirées de textes de poètes célèbres ou contemporains. Elle a remporté le Grand Prix du festival Slavic Word 2025 et le Microphone d’or du festival des arts Feuilles d’érable, à Montréal, en 2010 et en 2019. Elle a aussi reçu des prix, dont des distinctions d’argent, lors de concours consacrés à Joseph Brodsky et à Alexandre Pouchkine, organisés à Londres en 2020 et en 2025.
Le sens du mot kvartirnik — concert informel donné chez quelqu’un — a changé avec le temps. Au milieu des années 1980, il évoquait une réunion clandestine dans la cuisine enfumée d’un petit appartement soviétique : de vieilles connaissances du milieu artistique y chantaient au son d’une guitare. Ces soirées offraient une scène à des artistes qui, pour diverses raisons, ne pouvaient pas participer aux concerts officiels. C’est grâce à de telles rencontres que Viktor Tsoï et Boris Grebenchikov, tant aimés du public, ont accédé aux grandes scènes. Les premiers enregistrements du légendaire Vladimir Vyssotski ont eux aussi été réalisés lors de concerts à domicile.
Une nouvelle forme de kvartirnik est devenue particulièrement populaire dans la communauté russophone d’Ottawa pendant la pandémie. Quand les salles de concert étaient inaccessibles, ces soirées à la maison ont permis de répondre à un besoin croissant de culture et de rencontres. Le public n’a pas besoin d’être composé d’amis proches : les annonces publiées sur Facebook permettent à tous ceux qui le souhaitent de découvrir l’énergie de la musique vivante. Le contact avec l’art redonne le moral, surtout dans les périodes difficiles. On éprouve le besoin d’entendre de la musique et de parler avec d’autres personnes. Dans ce cadre, les spectateurs peuvent mieux connaître les artistes, et les musiciens, leur public. Une atmosphère particulière rapproche les uns des autres : ici, chacun peut échanger directement avec les interprètes.
Les concerts à domicile d’Elena Obolenskaya ont toutefois commencé bien avant la pandémie. Elle a peut-être été la première Ottavienne russophone à organiser de telles rencontres créatives. D’abord intitulées Dans le salon des Obolensky, elles étaient consacrées à ses propres chansons. Habituellement, Elena y présentait un nouveau cycle de compositions.
Cette fois, la formule était différente. Intitulé d’après un vers de l’une de ses anciennes chansons — Regarde vers l’avenir en te retournant —, le concert de deux heures symbolisait le lien entre le passé et l’avenir. Il se divisait, de manière souple, en quatre parties. La première rendait hommage à de grandes figures de la littérature — Alexandre Pouchkine, Marina Tsvetaïeva et Boris Pasternak — dont Elena a mis les poèmes en musique. La deuxième présentait des chansons inspirées de poètes contemporains. La troisième était entièrement consacrée à ses propres créations, pour lesquelles elle avait écrit les paroles comme la musique.
Le public a lui aussi pris part à la soirée. Elena ne s’est pas contentée d’enchaîner les chansons : elle a conversé avec ses invités, racontant comment certaines œuvres étaient nées et quelles expériences les avaient inspirées. Ce fut une véritable soirée de création, avec une surprise à la clé : des portraits poétiques pleins d’humour, dédiés à plusieurs amis présents, qu’elle a lus en public pour la première fois. Cette attention inattendue et touchante a révélé une nouvelle facette de son talent. Je ne doute pas qu’il en reste beaucoup d’autres à découvrir.
Les invités du club littéraire ont ensuite pris le relais. Portés par l’atmosphère créée par Elena, ils ont spontanément lu leurs poèmes ou chanté, chacun à son tour. Une réception était prévue à la fin, mais la soirée réservait encore une surprise. À la demande insistante des invités, Elena a repris sa guitare pour interpréter des chansons de Boulat Okoudjava, que tous ont chantées avec elle.
La rencontre s’est achevée dans la joie. Chacun est reparti heureux et réconforté : une belle récompense pour Elena et son époux dévoué, Sergueï Obolensky, qui avaient organisé cette soirée. Comme le dit Elena, « la poésie et la musique sont un univers cosmique de l’autre côté du miroir, où l’âme reprend vie ».