Ma chère vagabonde — Résumé détaillé
Le récit raconte l’histoire d’Evgueni Ilitch Sviridov, surnommé Guécha, un immigrant russe installé au Canada. Sur le plan professionnel, sa vie semble relativement stable : il travaille comme ingénieur informatique. Sa vie personnelle, en revanche, est marquée par une profonde tragédie familiale.
Après quelques années de mariage, sa femme Lioudmila le quitte pour un autre homme et emmène avec elle leur petite fille, Olia. Guécha espère d’abord que sa femme reviendra à la raison. Il tente de la retrouver et se rend à l’endroit où elle vit, avec des fleurs et un énorme ours en peluche pour sa fille. Mais ce qu’il découvre lui fait comprendre que son mariage est terminé.
Il entame alors une longue procédure judiciaire afin d’obtenir des droits sur sa fille. Après plusieurs années, la justice lui donne finalement raison, mais Lioudmila refuse d’accepter cette décision. Elle disparaît de nouveau avec Olia. Elle emporte même la guitare de Guécha, souvenir de leur ancienne vie à Moscou.
Guécha consacre ensuite des années et beaucoup d’argent à les rechercher. Les avocats, les tribunaux et les recherches l’endettent lourdement. Au bout de cinq ans, il abandonne, mais il reste prisonnier du passé. Il ne se remarie jamais et continue à imaginer qu’un jour Lioudmila et sa fille devenue adulte franchiront de nouveau sa porte.
Dix ans après leur disparition, Guécha décide de marquer cet anniversaire d’une manière particulière. Il prévoit de s’offrir un bon repas, de la vodka et surtout la guitare Gibson dont il rêve depuis longtemps.
Il achète l’instrument et rentre chez lui. Mais la fête qu’il avait imaginée se transforme rapidement en soirée de mélancolie. Il met trois assiettes sur la table, comme si Lioudmila et Olia étaient encore présentes. Il mange et boit seul, puis prend sa nouvelle guitare et interprète une chanson qu’il avait composée autrefois pour Lioudmila, lorsqu’ils étaient encore étudiants.
Cette chanson, « Ma chère, tendre vagabonde », devient le symbole de sa nostalgie et de tout ce qu’il n’a jamais réussi à oublier.
À mesure que la soirée avance, Guécha parle à voix haute à sa femme absente. Il lui reproche surtout d’avoir privé leur fille de son père. Derrière sa colère se cachent pourtant une immense solitude et un attachement toujours vivant à sa famille perdue.
Plus tard dans la nuit, Guécha décide de faire appel, pour la première fois de sa vie, à une agence d’escorte. L’auteur traite cette partie avec beaucoup d’ironie : Guécha est maladroit, nerveux et presque dépassé par les règles et les procédures de l’agence.
Une jeune femme blonde, présentée sous le pseudonyme de « Brise d’été », arrive chez lui.
Guécha comprend rapidement que la jeune femme n’est ni sûre d’elle ni particulièrement expérimentée. Elle semble au contraire vulnérable et mal à l’aise. Peu à peu, la conversation prend le dessus sur la raison initiale de sa visite.
La jeune femme lui révèle finalement que son vrai prénom est Nicole. Elle étudie en première année dans une école de soins infirmiers. Sa situation familiale est difficile : elle n’a pas grandi avec son père et vit avec une mère qui souffre de problèmes d’alcool. Nicole elle-même connaît également de graves difficultés liées aux drogues et paraît perdre progressivement le contrôle de sa vie.
Guécha cesse alors de la considérer comme une professionnelle venue chez lui. Il lui donne des vêtements, prépare du thé et partage avec elle un gâteau au chocolat. Leur relation change complètement.
Il lui parle comme un père pourrait parler à sa fille : il l’interroge sur ses études, sa famille, ses projets et son avenir. Nicole lui confie qu’elle envisage même d’abandonner ses études et qu’elle ne voit plus vraiment de perspective positive devant elle.
Guécha l’encourage à ne pas renoncer à sa vie. Deux êtres profondément seuls se rencontrent alors d’une manière inattendue : un homme qui a perdu sa fille et une jeune femme qui a grandi sans père.
À l’approche du matin, Nicole dit qu’elle aime la musique. Guécha sort sa nouvelle Gibson et commence à jouer du jazz. Nicole se met spontanément à bouger au rythme de la musique. Guécha remarque son élégance naturelle et lui explique qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre la danse ou la musique et pour changer de vie.
Avant de partir, Nicole lui demande de jouer encore quelque chose.
Guécha reprend alors la vieille chanson qu’il avait autrefois écrite pour Lioudmila : « Ma chère, tendre vagabonde ».
À sa grande surprise, Nicole commence à fredonner la mélodie avec lui.
Guécha s’arrête et lui demande comment elle connaît cette chanson.
Nicole lui répond que sa mère la chante parfois lorsqu’elle a bu.
Guécha est stupéfait. Cette chanson n’est pas connue du public : il l’a composée lui-même, vingt ans plus tôt, sur un autre continent.
Il observe alors attentivement le visage de Nicole. Il essaie mentalement de l’imaginer sans maquillage, avec sa couleur naturelle de cheveux.
Puis il lui demande si elle parle russe.
Nicole répond qu’elle en parle un peu et commence à avoir peur de son comportement.
Guécha comprend soudain la vérité : Nicole est en réalité Olia, sa fille disparue.
Submergé par l’émotion, il se met à pleurer et la serre dans ses bras. Nicole, qui ne comprend encore rien, essaie de partir.
Guécha lui révèle alors qui il est : son père.
Ainsi, la nuit que Guécha avait préparée comme une célébration de sa solitude devient celle de retrouvailles totalement inattendues avec la fille qu’il avait cherchée pendant des années et qu’il croyait perdue pour toujours.